© Adagp, Paris, 2019, Izabela Kowalczyk / izabelakowalczyk(at)hotmail.fr      Dernière actualisation 30/10/2019 

  • Facebook
  • Instagram

IZABELA KOWALCZYK. Les fondamentaux plastiques comme objet de création

 

 

Ce sont des formes. Plus précisément des aplats, formés semble-t-il, de façon aléatoire, sans soucis de représenter ou de convoquer un quelconque référent plus ou moins identifiable. Les spéculations quant à l’origine de ces formes sont ouvertes. Nous sommes invités à cheminer sur les contours et à repérer les indices qui feraient sens. Je me suis attardé à penser qu’il se pourrait que ces formes pleines, peintes en noir ou en couleur, pourraient être les dessins de quelques ombres que projetterait un objet plutôt familier, sorti du quotidien, une ombre transcrite sur le plan de la feuille et qui se serait séparé de l’objet initial pour vivre son autonomie. Mais l’art est-il une devinette ? Bien sûr l’art pose des questions, et il nous invite le plus souvent à nous immerger dans l’image et dans l’histoire quand il y en a, et à inventer du sens… Mais… Et si l’œuvre se limitait au fond à être ce qu’elle est, dans son état purement plastique : sa forme, sa couleur, son espace, limitant un relationnel au jeu des correspondances plein/vide, graphisme/aplat, fond/forme, contenant/contenu, mat/brillant, chaud/froid, droite/courbe, etc…?

Je viens d’énoncer là, un vocabulaire plastique de base, des fondamentaux qui organisent toutes productions visuelles. Des complémentaires, de la binarité, de la dualité, il n’y a pas l’un sans l’autre. Pas de graphisme sans aplat : le trait du crayon sur une feuille en est un simple exemple, ainsi qu’une surface, quelle qu’elle soit, placée dans un tableau joue simultanément dans une relation forme/fond, ou forme et contre forme, etc…

Et si le travail d’Izabela Kowalczyk questionnait les premiers rudiments de l’expression plastique ? Et si elle cherchait à s’en étonner, s’étonner que si peu de choses mises en présence, côte à côte ou superposées, imbriquées ou jointoyé, encastrées, parallèles, créent un événement plastique l’invitant à un voyage esthétique et poétique…? « En découpant le papier je vois se nourrir mon imagination » me dit Izabela. Cela revient à questionner le primat du faire, de la première inscription. Découper, superposer des surfaces. Comprendre cet acte (le prendre avec soi), questionner la relation non sophistiquée du banal, de l’état premier, faire émerger la naissance d’un visible, s’étonner de ce qui éclot devant ses yeux. Déplacer les feuilles transparentes sur le support de la toile ou du papier, sans chercher un dessin a priori, se laisser surprendre, se laisser entreprendre par le jeu combiné du déplacement des aplats. Revenir à un état premier, être le primitif de sa rencontre, être le créateur insensé – ce mot dit à propos – parce qu’il n’y a pas de recherche de sens justement, si ce n’est la direction donnée aux surfaces en cours de translation.

On peut voir dans ce travail des formes isolées qui flottent dans des espaces vides, d’autres formant, en se superposant, une autre forme tout aussi énigmatique que les autres. Mais on ne peut pas ne pas souligner ceci : ces formes aplaties font penser à des plans ; des plans d’une architecture, d’un jardin, ou d’un espace indéfini, difficiles à reconstruire mentalement. Si ces formes planes sont des plans, il faut rappeler ce qu’est un plan : le plan de sol est le principal dessin d'architecture.

©photo : Anne Loubet

Titre 2